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Le bon moment - Abbé Michel Van Herck

Au hasard de déplacements nécessaires ces derniers jours et d'appels téléphoniques reçus, j'entends beaucoup de personnes prendre conscience de l'intérêt de la halte forcée qui nous est imposée : « Cela me permet de m'arrêter, de réfléchir à ce que je fais habituellement avec précipitation... J'ai du temps pour ranger mon appartement, pour préparer mon jardin, mes balconnières à fleurir, pour nettoyer ma voiture, peindre une porte fraîchement placée.... Cela m'oblige à réviser mon agenda. Les déplacements pour le travail sont plus agréables : moins d'encombrement sur les routes... ».

Certes, d'aucuns sont confrontés à bien des difficultés, notamment les travailleurs indépendants pour lesquels la situation est sérieusement compliquée malgré les promesses d'aide. Sans compter tous ceux que les questions de santé mobilisent de diverses façons : médecins, soignants, pompiers, policiers...

Nous sommes fragiles.

Une fois dépassée les questions immédiates et bien réelles, une prise de conscience semble se faire : nous sommes tous fragiles, et pas seulement les personnes âgées potentiellement davantage menacées par le coronavirus. Alors que les lanceurs d'alerte au sujet des mauvais traitements infligés à la terre et à ses habitants semblaient clamer dans le désert quand ils évoquaient la fragilité de nos prétendus équilibres, voilà que tout à coup leur cri prend du relief. N'auraient-ils pas (un peu) raison ? Notre monde est-il aussi solide que nous ne l'imaginons ? Pouvons-nous nous fier à toutes nos (prétendues) certitudes ? Si les grandes mobilisations de jeunes et d'adultes ne provoquent pas beaucoup de réactions, un petit virus invisible à l'œil nu semble soudainement le faire.

Nous remettre en question.

Sans tomber dans le catastrophisme ou imaginer des présences maléfiques ou des personnes malfaisantes agissant dans l'ombre, nous sommes conduits à une remise en question de nos modes de fonctionnement tant individuels que sociétaux. Certes, il y a des hommes nuisibles à leurs semblables et à l'environnement et qui refusent d'ouvrir les yeux sur les conséquences de leurs actes. Et notre système économique libéral et capitaliste est peut-être en train de jouer l'une de ses dernières cartes : l'attrait de l'argent, suscitant déjà quelques marchés parallèles, se fait hélas sentir même dans cette crise.

Mais il y a aussi ceux qui tentent de changer les choses en s'ingéniant modestement à venir en aide à leurs proches : les jeunes qui offrent de leur temps pour garder gracieusement des enfants dont les parents travaillent, des personnes qui s'organisent pour faire les courses de voisins âgés, les couturières qui s'activent à confectionner des masques vu la pénurie, des soignants qui, la peur au ventre parfois, servent leur frère en souriant malgré tout derrière leur masque.

Cette pandémie est l'occasion favorable (le kairos en langage biblique) pour prendre du recul en attendant de redémarrer sur d'autres bases.

Mise en quarantaine.

Les chrétiens se rappelleront que le carême les renvoie aux 40 jours vécus au désert par les Hébreux. Ce temps d'errance dans le désert leur a permis d'éprouver la résistance de leur foi en quittant l'Égypte dont ils avaient apprécié « les oignons et les marmites de viandes » (Ex 16,3) mais dont ils avaient aussi été les victimes d'une exploitation éhontée (Ex1,11.14). Au terme de leur longue marche ils ont connu la terre promise et une période de répit. Lorsque les troupes israélites ont été confrontées à celles des Philistins, le jeune David se présentera le 40e jour pour vaincre l'invincible Goliath (1 S 17). David régnera 40 ans comme Salomon.

Ces périodes symboliques de « 40 » sont présentées comme les temps nécessaires pour vivre une expérience fondamentale : se laisser convertir le cœur par le Seigneur. Pour faire un homme (à l'image de Dieu), mon dieu que c'est long ! (G. Brassens). 40 jours ou 40 ans, c'est selon : le temps d'une génération ou le temps nécessaire pour purifier la terre et les hommes comme dans le cas du déluge (Gn 7-8). Jésus lui-même a eu un temps de désert pour entrer à fond dans la mission que lui avait confiée son Père (Mt 4,1-11).

C'est au terme de 40 jours de préparation que les chrétiens pourront accueillir dans l'action de grâces celui qui leur apporte la libération définitive dans sa pâque.

Peur salutaire ?

L'épidémie fait peur. Elle peut être salutaire. L'histoire humaine porte les cicatrices de maladies endémiques. La grande peste du 14e siècle a ravagé l'Europe entière, tuant environ la moitié de la population, soit 40 millions d'habitants. Dans nos régions, de grandes processions comme celle de Mons, nous le rappellent. Au siècle dernier la grippe espagnole a marqué la fin de la guerre 14- 18. Une épidémie de peste a ravagé plus récemment une partie de l'Inde. La peur de tels fléaux fait prendre conscience des risques et peut, contrairement à l'adage, devenir bonne conseillère.

À chacun de voir le bien qu'il peut en tirer plutôt que de dépenser son énergie à chercher des boucs émissaires.

Et pour les chrétiens, c'est le temps de repérer les appels de Dieu qui ne cesse de nous pousser à trouver des réponses nouvelles. « À vin nouveau, outres neuves ! » (Mt 9,17)

Abbé Michel Van Herck

 

  • Créé par
    Diocèse de Tournai

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